Don d’électricité : un levier RSE simple et sous-estimé

Dans cette tribune, Stratégie d’achat et RSE : les dons d’électricité, c’est possible, Antoine Garcier, directeur général d’Energie d’ici montre comment les surplus photovoltaïques, souvent inutilisés et coûteux à gérer, peuvent devenir un don d’énergie utile aux associations, créant impact social, cohérence RSE et valeur pour l’entreprise.

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C’est la période des dons. Traditionnellement en fin d’année, les entreprises financent des projets porteurs de sens. Et, il existe un don dont personne ne parle et qui, pourtant, change la donne pour les associations : le don d’énergie. Dans les projets photovoltaïques en autoconsommation, les entreprises produisent souvent un petit surplus d’électricité. Une énergie propre, injectée sur le réseau, mais difficile à valoriser sur le marché. Comment fonctionne le don d’électricité ?

Le surplus solaire, un enjeu achats sous-estimé 

Dans une entreprise, le développement d’un projet photovoltaïque en toiture peut reposer sur la direction des achats. C’est elle qui sélectionne les prestataires et qui arbitre entre les modèles économiques. Elle pilote donc le cadre financier et opérationnel du projet, ce qui implique de prendre en compte, dès l’amont, la question de l’injection éventuelle d’un surplus et de sa gestion. Il faut savoir que pour une entreprise qui installe du photovoltaïque en toiture, même en visant l’autoconsommation maximale, il reste toujours quelques kilowattheures injectés sur le réseau.

Dans les faits, la gestion de ces surplus devient souvent une usine à gaz, « un irritant opérationnel ». La direction des achats se retrouve à devoir chercher des dispositifs complexes pour valoriser un flux dont personne ne veut vraiment. C’est là que la question du don d’énergie émerge comme une solution utile et cohérente.

Cette situation est d’autant plus absurde que, dans le même temps, des associations peinent à payer leurs factures d’électricité. Un excédent marginal d’un côté, des difficultés financières de l’autre. Et pourtant, pendant des années, personne n’a cherché à relier les deux.

Chez Énergie d’ici, nous nous y sommes intéressés dès 2019. En tant que responsable d’équilibre de projets d’autoconsommation, nous avons commencé à réallouer ces petits volumes à des associations locales. Et nous avons compris qu’il existait là un levier puissant totalement inexploité.

Transformer un résiduel sans valeur en impact concret

Le don d’énergie repose sur une mécanique simple. L’entreprise injecte son surplus dans le réseau, comme elle le ferait avec un contrat classique. Énergie d’ici réalloue ensuite cette énergie à une association cliente, qui voit sa facture diminuer. C’est notamment ce que fait la Tannerie Rémy Carriat : son dirigeant Hervé Hiriart avec l’accompagnement d’Energie d’ici  offre les excédents de production de sa toiture à la fondation John Bost, au service des personnes en situation de handicap ou de vulnérabilité.

Aucun mécanisme fiscal, aucun artifice, simplement un transfert d’électrons d’un site producteur vers un site bénéficiaire via la facturation.

Cette solution devient particulièrement pertinente pour les entreprises qui financent leurs projets en Capex et optimisent déjà leur autoconsommation. Comme le rappelle le syndicat des professionnels de l’énergie solaire Enerplan, dans certaines configurations, comme par exemple les supermarchés « 95% de la production solaire peut être consommée sur site, sans stockage ».

Pour ces acteurs, le surplus est faible, non stratégique sur le plan économique. En revanche, il peut devenir essentiel pour une association. Ces petits volumes sont particulièrement utiles pour des structures sociales parfois fragiles.

L’entreprise a donc parfois plutôt intérêt à activer un mécanisme de don plutôt que de poursuivre une revente chronophage et peu rentable. Ce geste ouvre de nouvelles opportunités internes, car il fédère naturellement la direction achats avec la direction RSE et la direction marketing. Ensemble, elles peuvent apporter de la valeur ajoutée à une association mais aussi répondre à des enjeux de RSE dont sont friands les consommateurs et les investisseurs.

Les dons d’énergie peuvent aussi se valoriser en externe dans le cadre d’une stratégie de communication. Ils participent aussi à fédérer les collaborateurs en interne en créant une culture d’entreprise orientée autour de la solidarité.